Le centre ouvert pour exilé.e.s de PIKPA : solidarité et horizontalité

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Le centre d’accueil de PIKPA a été créé en 2012 par une poignée de résident.e.s de Lesvos organisé.e.s au sein du collectif « Lesvos Solidarity », lui-même membre du réseau « Village of All Together » qui coordonne les organisations menant des activités solidaires à travers l’île, dans le contexte de crise économique aggravée que subi actuellement la Grèce. Le site municipal de PIKPA hébergeait par le passé un centre de vacances pour enfants désaffecté depuis longtemps lorsque les volontaires de Lesvos Solidarity s’en sont emparé, forçant la municipalité à le leur céder. Le centre ouvert grâce à leurs seuls efforts fonctionne aujourd’hui de manière complètement indépendante, sur base de donations privées. Il se veut un lieu « auto-organisé et autonome, dirigé par des volontaires et basé sur le principe de la solidarité. » Légèrement éloigné de la ville sur la route de l’aéroport, ce site accueillant et chaleureux apparaît comme un véritable havre de paix au sein d’une île marquée par quantité de drames humains.

Des petits bungalows et des tentes ont été dressés autour des quelques bâtiments abritant les sanitaires, la cuisine communautaire, le dispensaire et le centre de tri. Au plus fort de la « crise », PIKPA a accueilli jusqu’à 600 personnes, et Lesvos Solidarity a coordonné la distribution d’aide humanitaire dans tout Mytilini. Les volontaires ont distribué quotidiennement des milliers de repas et de l’aide à PIKPA, dans les centres (alors ouverts) de Moria et Karatepe, ainsi que dans le port. Celle-ci était destinée tant aux exilé.e.s qu’aux familles grecques affectées par la crise qui plonge des milliers de personnes dans la pauvreté à travers le pays. Aujourd’hui, le collectif a recentré ses activités sur PIKPA, qui ne compte plus que 80 résident.e.s ayant introduit ou non une demande d’asile suite à la signature de l’accord UE-Turquie. Ici, pas de différences de statut et de nationalité, chacun.e a la possibilité de rester tant qu’une meilleure solution n’a pas été trouvée.

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Outre les activités communautaires – les résident.e.s entretiennent notamment un potager collectif durable –, le site offre des services d’assistance médicale, psychologique et pratique. Comme l’explique Giouly, l’une des particularité de PIKPA est de prendre en charge des personnes et groupes considéré.e.s comme vulnérables : des victimes de naufrages, des personnes souffrant de maladies chroniques ou de handicaps, des blessé.e.s lourd.e.s, des femmes enceintes ou des familles avec de jeunes enfants : « les centres gouvernementaux de Moria ou Karatepe ne sont pas équipés pour prendre en charge les personnes souffrant de trauma, par exemple. Grâce à notre équipe de médecins, psychologues et travailleu-r/se-s sociaux volontaires, nous pouvons le faire. » Alors que nous discutons autour d’un café, les résident.e.s rejoignent l’espace commun sous le patio et le centre s’anime peu à peu.

Giouly donne en exemple cette jeune femme qui nous tourne autour en secouant frénétiquement la tête depuis un moment déjà. Elle souffre d’un syndrome post-traumatique qui nécessite des soins permanents. L’homme qui la suit en boitant et semble veiller sur elle a été détenu durant plusieurs mois par Daesh ; il y a laissé la quasi totalité de ses dents et a toujours une balle logée dans la hanche. Parfois, la douleur le paralyse complètement. L’équipe se démène en ce moment pour trouver les moyens de payer l’opération dont il a besoin pour extraire la balle, ainsi que des prothèses dentaires. Assise à une table voisine, une femme nettoie des morceaux de viande le regard perdu à l’horizon ; celle-ci a perdu ces cinq enfants, dans l’enfer de la guerre puis dans la noyade. En dépit de cette succession d’histoires plus dramatiques les unes que les autres, tou.te.s semblent ici trouver leur place. Au sein de ce projet participatif, les relations entre les volontaires et les résident.e.s sont basées sur des principes d’horizontalité, la solidarité est vraiment le maître mot.

Celles et ceux qui bénéficient d’un bungalow équipé d’une kitchenette peuvent préparer leurs repas eux-mêmes, grâce aux stock de nourriture qui sont distribués tous les jours. Les autres se relaient en équipes d’exilé.e.s et bénévoles dans la cuisine communautaire. Pour financer une partie de ses activités, le centre a créé un petit atelier de couture où son confectionnés des sacs et autres accessoires avec les gilets de sauvetages collectés sur les plages durant. Les commandes sont nombreuses et Hamed, jeune réfugié pakistanais qui vient d’obtenir son statut de la part des autorités grecques, s’affaire à la machine à coudre. Alors que le soleil monte petit à petit, les enfants sortent des tentes et viennent jouer sous le patio. Les volontaires se multiplient également : si environ un quart d’entre elleux sont des locaux acti-f/ve-s ici toute l’année, le centre compte également un grand nombre de volontaires étrangers long-terme ainsi que des équipes de visiteurs court-terme venues des États-Unis, du Canada, des Pays-Bas, d’Espagne ou encore de Palestine, pour organiser différents types d’activités le temps d’une semaine.

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L’odeur qui remonte de la cuisine envahit bientôt l’espace commun et tou.te.s sont invité.e.s à aller se servir. Les volontaires de PIKPA pensent qu’aucun être humain n’est illégal et que les frontières devraient être ouvertes. En montrant une solidarité active avec les exilé.e.s, illes entendent combattre des politiques migratoires européennes qu’illes considèrent comme inhumaines ainsi que les attitudes de rejet au sein de la communauté locale. Illes rêvent que tous les centres d’accueil pour exilé.e.s soient gérés de la même façon que le leur, et illes ont probablement raison. Mais dans un contexte où l’UE via la Grèce a recoure de manière accrue à la détention illégale des demandeu-r/se-s d’asile et aux déportations pour « gérer la crise », les autorités menacent aujourd’hui de fermer ce centre solidaire et horizontal qui échappe à leur contrôle.

Une pétition en ligne a été lancée dans l’espoir de sauver le seul lieux de répit et de réconfort qui reste encore aux exilé.e.s de Lesvos : https://secure.avaaz.org/en/petition/Mr_Galinos_Mayor_of_Mytilini_SAVE_LESVOS_SOLIDARITY_CAMP_PIKPA/?ciOjskb

Web : http://www.lesvossolidarity.org/index.php/en/

Facebook : https://www.facebook.com/pikpalesvos/?fref=ts


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